Les relations turco-ouzbèkes à la première année du mandat de Mirzioïev

Une étude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations internationales à l’université Ataturk

Les relations turco-ouzbèkes à la première année du mandat de Mirzioïev

Chavkat Mirzioïev avait remporté les élections présidentielles en Ouzbékistan après le décès d’Islam Karimov qui a gouverné le pays pendant environ 25 ans. Le président ouzbèk, Chavkat Mirzioïev, a achevé récemment la première année de son mandat.

        Mirzioïev avait approuvé en février 2017 la stratégie de développement de 2017 à 2021 (englobant des réformes compréhensives dans plusieurs domaines). Les changements les plus structurels survenus durant cette première année de mandat, se sont produits dans le domaine économique. Le président a mis en vigueur une quarantaine de mesures en vue de la libéralisation de l’économie, endommagée par le rôle dominant de l’Etat dans les années précédentes.

        Chavkat Mirzioïev a renoncé à l’isolationnisme et semble enthousiaste à améliorer les relations avec les autres pays turcophones. Il a débuté ses visites à l’étranger avec le Turkménistan, ce qui est un signe important dans ce sens. Au cours des quatorze mois écoulés, Mirzioïev a consacré la majeure partie de son programme à l’étranger aux leaders des républiques turcophones. D’ailleurs, il a réalisé une visite en Turquie et a rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan à deux reprises. L’une des deux rencontres avait eu lieu en Ouzbékistan.

        Les efforts déployés pour le développement des relations avec les pays voisins de l’Ouzbékistan sont une nouvelle opportunité de coopération régionale. Une conférence internationale ayant pour thème « La sécurité et le développement durable en Asie centrale »  a été organisée sous l’égide des Nations unies à Samarkand les 10 et 11 novembre 2017. Lors de cette conférence, la tenue d’un sommet à Astana des dirigeants de cinq pays d’Asie centrale a été décidée en amont du festival du Novrouz en 2018. Cette coopération qui s’agrandi parmi les républiques turcophones peut introduire les conditions nécessaires pour la création d’un agenda sur un Turkestan indépendant. Dans le processus à venir, l’Ouzbékistan peut devenir un centre commercial régional, de par sa proximité avec les quatre autres pays d’Asie centrale.

        Mirzioïev a accordé plus de liberté aux médias dans la première année de son mandat. Il a entrepris des initiatives concrètes en vue de supprimer le travail forcé en agriculture. Il a décidé de supprimer les visas de sortie empêchant les citoyens ouzbèks de voyager à l’étranger sans autorisation gouvernementale à partir du 1er janvier 2019. D’autre part, l’Ouzbékistan a annoncé qu’à partir du 10 février, les citoyens de la République de Turquie ne seront pas soumis au régime des visas pour des séjours allant jusqu’à 30 jours. C’est indubitablement un développement très important.

        La Turquie est le premier pays à avoir reconnu l’indépendance de l’Ouzbékistan en 1991. Par conséquent, les relations entre les deux pays se sont rapidement développées. La Turquie avait voté contre l’Ouzbékistan lors de la session de l’Assemblée générale des Nations unies portant sur les événements d’Andijan survenus en Ouzbékistan en 2005. Les relations qui avaient débuté en 1991 sont donc entrées dans une période de stagnation à partir de 2005. Néanmoins les visites réalisées réciproquement par MM. Erdogan et Mirzioïev ont permis de les renforcer. Erdogan avait évoqué « une nouvelle page des relations turco-ouzbèkes » et son homologue ouzbèk avait déclaré que « le temps est venu de coopérer activement » lors de la rencontre tenue à Samarkand. Ces propos ont aujourd’hui plus de sens.

        L’Ouzbékistan est un pays tourné vers la Turquie, en raison des liens historiques. Nous pouvons dire que la période de stagnation turco-ouzbèke est révolue. Les relations entre les deux pays se développeront rapidement sur le plan économique, notamment dans le textile, la santé, le tourisme et la maroquinerie, et concernant la sécurité notamment dans la lutte contre le terrorisme. En effet, ces relations doivent être soutenues avec la coopération d’organisations non-gouvernementales, des médias et des établissements académiques. La fondation d’une université conjointe turco-ouzbèke comme l’université turco-kazakhe Ahmet Yesevi serait d’un grand intérêt. « L’université turco-ouzbèke Ulug Bey » dont un campus sera à Istanbul et l’autre à Samarkand, pourrait jouer un rôle important dans la mise en pratique dans la région turcophone du savoir historique des deux pays. L’islam hanafi-maturidi/soufi ou en bref la tradition turco-islamique, qui est une valeur conjointe des deux pays, peut être une alternative rationnelle pour l’Eurasie face au radicalisme salafiste. Les deux pays ont une importante responsabilité qui leur incombe à ce stade.

         Le mandat de Mirzioïev sera un nouveau départ pour l’Ouzbékistan. Karimov avait mené une politique distante face aux organisations de coopération régionales comme notamment le Conseil turcophone. Le changement de cette politique pourrait ouvrir la voie à une situation gagnante pour l’Ouzbékistan et les acteurs de la région. L’Ouzbékistan rencontre des problèmes partiels concernant les liquidités et l’énergie. Les investissements étrangers et les coopérations régionales (comme le Conseil turcophone) peuvent être une solution à la résolution de ces problèmes.

         Mirzioïev connaît bien son pays et la région. Il a de l’expérience. La période à venir est importante sur le plan du développement des relations de l’Ouzbékistan avec le Conseil turcophone mais aussi pour la région et le monde turcophone. En effet, l’Ouzbékistan est un pays clé de la zone turcophone.



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