En Tunisie, le mariage "express" éclipsera-t-il les noces de "7 jours et 7 nuits"?

"Henné", "Harkous", "Outiya"...des traditions tunisiennes de plus en plus délaissées par les nouvelles générations qui préfèrent davantage des mariages moins coûteux

En Tunisie, le mariage "express" éclipsera-t-il les noces de "7 jours et 7 nuits"?

C'est le "plus beau jour de leur vie" mais cela ne veut pas pour autant dire qu'ils veulent dépenser toutes leurs économies dans une panoplie de tenues même si les traditions l'exigent...

Ils sont en effet de plus en plus nombreux en Tunisie, à préférer des mariages plus "simples", alors qu'il y a à peine quelques années encore, les mariages devaient durer "7 jours et 7 nuits", pas moins !

- «Le mariage est un poème d'amour, mais en prose » (Robert Sabatier, poète et écrivain français)

Le mariage est, dans la majorité des pays, un thème d’importance capitale, traité d'ailleurs à de multiples reprises et sous différentes formes par des écrivains, psychanalystes, artistes, poètes et autres.

En Tunisie, où près de 90 % de la population est de confession musulmane, les us et coutumes du mariage sont intrinsèquement liés au dogme islamique et revêtent une dimension cruciale pour la majorité des familles.

Même si de nos jours, la cérémonie s’est modernisée, une part de la société lutte pour conserver les coutumes ancestrales liées au mariage et qui diffèrent d'une région à l'autre.

-Fêtes traditionnelles : Les sept nuits

Le «Hazen el-Farch » étant le point de départ de la fête, consiste à préparer le trousseau de la mariée pouvant contenir des équipements électroménagers, de l’ameublement, des objets de décoration, des ustensiles de cuisine… Ainsi les membres féminins de la famille de la mariée (sœurs, cousines, tantes…) se réunissent pour aider la mariée à déballer son trousseau et à ranger ses affaires dans son nouveau foyer.

Afin de se détendre et bénéficier d’un rituel de beauté (masques, gommages, hydratation de la peau, et autres), la mariée se rend le lendemain au « Hammam » accompagnée de ses amies et des membres de sa famille dans une atmosphère de chants et d’applaudissements. La mariée devra porter un long voile blanc permettant de cacher son corps et son visage appelé « Safsari ».

Pour se faire belle et se distinguer des autres femmes, la mariée doit se teindre les mains et les pieds avec du « Henné », réputé pour être un porte-bonheur pour la future épouse et son conjoint. Afin de sublimer le corps de la mariée, le henné est accompagné d’un tatouage traditionnel appelé « Harkous ».

Outre les rituels du Saboun,du Hammam et du Henné, chacun accompagné de soirées dansantes, la famille de la mariée se prépare pour la cérémonie de la « Outeya ». Étant, une fête essentiellement féminine, la mariée se présente aux regards des invités, notamment, la famille de l’époux. Elle et ses convives doivent porter des robes traditionnelles comme le « Tarayoun », le « Caftan », la « Tabdila » et autres.

Le futur époux n’assiste à la fête généralement animée par une troupe de musique traditionnelle, qu’aux dernières heures. C’est aussi l’occasion pour offrir des bijoux à son épouse.

Finalement, une cérémonie civile doit précéder un mariage religieux. En Tunisie, l’acte de mariage civil est conclu en présence de notaires ou devant l’Officier de l’état civil en présence de deux témoins. La cérémonie religieuse a lieu soit à la mosquée ou chez les parents de la mariée, en présence de l’imam qui consacre l’union. 

-Ceux qui s'attachent encore aux traditions...

Ces traditions authentiques, sont cependant particulièrement gourmandes en termes de dépenses, confient de nombreux Tunisiens rencontrés par Anadolu.

Fatma, une jeune femme récemment mariée, assure que la famille de son mari a dépensé pas moins de 30 mille dinars (10 mille euros) pour les festivités.

« Quant à moi, j’ai dépensé environ 40 mille dinars (14 mille euros) dans la soirée de la « Henna », la soirée de la « Outeya » et la fameuse soirée « d’enterrement de vie de jeune fille ». Quant au voyage de noces, on l’a eu comme cadeau », précise la jeune femme.

-D’autres préfèrent le mariage moderne dit encore « express »

Contrairement à Fatma, Mohamed Amine a opté pour un mariage « express », à la fois moderne, simple et peu coûteux.

« Je me suis contenté du minimum pour fêter mon mariage »,explique le jeune homme qui a convolé en justes noces en juillet dernier.

«Avec ma femme nous avons préféré dépenser davantage pour notre voyage de noces. Dix merveilleux jours passés en Turquie, valaient bien mieux qu’une semaine de fêtes et de dépenses interminables pour faire plaisir aux invités ! », a-t-il conclu.

Soumaya, bientôt maman, se souvient encore du grand conflit familial qui a éclaté peu de temps avant son mariage, voilà il y a quelques années.

« Nos deux familles tenaient à tout prix à ce qu'on organise un mariage traditionnel. Nous ne le voulions pas. Nous préférions épargner ces milliers de dinars pour investir, le plus rapidement possible dans une maison», raconte-t-elle.

« Sincèrement, dépenser 20 mille dinars (7 mille euros), voire le double, juste pour acheter des gâteaux, faire manger les invités, faire venir une troupe et louer une salle de fête... C'était une idée qui nous déplaisait. Mais, sous la pression, nous avons finalement cédé. Mais nous avions posé pour conditions que nos deux familles contribuent, au moins, à la moitié des dépenses », a-t-elle dit dans un rire.

-Forte tendance à moderniser la cérémonie de mariage

Loin des considérations purement économiques, de plus en plus de jeunes se lassent de la complexité de l'organisation relative aux mariages traditionnels et n’y trouvent aucun intérêt.

Dans ce contexte, la psychologue, Raja Ziadi, a affirmé, dans une interview à Anadolu, que « Les jeunes optent de plus en plus pour des fêtes simples avec un nombre limité d'invités. Et ce phénomène est loin d'être en relation avec le niveau socio-économique des mariés », relève-t-elle.

Selon elle, cette tendance s'explique surtout par le fait que de plus en plus de jeunes se sentent « anti-conformistes ».

« Même en s'affiliant à l'institution sociale du mariage, certains de nos jeunes préfèrent faire preuve de non conformisme et ne pas adopter certaines traditions enracinées depuis des décennies », a poursuivi Ziadi.

Et surtout, les moeurs changent. De moins en moins de jeunes sont attirés par le mariage. Preuve en est, le taux de célibat qui a augmenté en quelques années passant de 50% en 2008 à 60% en 2016, d’après l’Office national de la famille et de la population.AA



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