Le gouvernement irakien est passé des avertissements à une intervention concrète contre l'ARKI

Etude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations internationales à l’université Ataturk

Le gouvernement irakien est passé des avertissements à une intervention concrète contre l'ARKI

Le gouvernement irakien est passé des avertissements à une intervention concrète à l’encontre de l’administration régionale kurde d’Irak (ARKI) à la suite du référendum.

Le gouvernement irakien a réalisé une intervention à l’encontre de l’administration régionale kurde d’Irak (ARKI) après la tenue du référendum contraire au droit international, suite à laquelle l’administration régionale kurde d’Irak a commencé à se retirer vers ses frontières de 2003.

          Comment est-on arrivé à ce stade ? Un bref rappel : L’émergence de Daesh a affaibli Bagdad. L’administration régionale kurde d’Irak a dépassé ses frontières constitutionnelles en profitant de l’émergence de Daesh. Les groupes liés à l’administration régionale kurde d’Irak qui ont pris le contrôle total de Kirkouk ont consolidé leur présence et leur force dans les autres zones controversées. Massoud Barzani a profité de l’affaiblissement du gouvernement central irakien et du vide autoritaire. L’administration régionale kurde d’Irak a pris des mains de Daesh le contrôle de plusieurs points situés sur un axe s’étendant de Sinjar à Hanekin, grâce à la couverture aérienne de la coalition internationale. L’administration régionale kurde d’Irak a proclamé qu’elle annexerait les zones contrôlées à sa propre région et ne les abandonnerait pas. Le référendum a été le point final de ce processus.

          Malgré les puissances opposées à la tenue du référendum, l’application par Barzani de la décision de tenir ce référendum a été considérée comme une victoire importante par ses partisans. Le KDP et certains pays occidentaux qui lui prêtent appui, ont notamment pensé que ce succès serait suivi de l’indépendance, mais des initiatives contraires ont été entreprises. Le gouvernement irakien a averti l’administration régionale kurde d’Irak d’annuler les résultats, tout en continuant d’appliquer le processus juridique au sein du pays. Dans ce laps de temps, des entretiens de haut niveau se sont déroulés entre la Turquie et l’Iran. Un soutien total au gouvernement irakien a été décidé lors de ces entretiens. Dans ce cadre, le gouvernement irakien est passé des avertissements à une intervention concrète. L’intervention a rapidement donné des résultats et l’administration régionale kurde d’Irak a commencé à se retirer vers ses frontières de 2003.

          Les peshmergas qui avaient annoncé à la presse, un jour avant l’intervention, qu’ils combattraient « jusqu’à leur dernière goutte de sang », se sont enfuis en ôtant leur uniforme officiel entre les ruelles au début de l’intervention. Le drapeau du gouvernement central irakien a été hissé devant les bâtiments officiels. Les posters de Barzani ont été déchirés. Les symboles de l’administration régionale kurde d’Irak ont été traînés sur le sol. Les événements qui se sont produits ont été une réelle déroute pour l’administration régionale kurde d’Irak. L’administration centrale a pris, en quelques heures, le contrôle de Kirkouk, dont Barzani rêvait de faire sa capitale. Le rêve d’indépendance ne se réalisera pas de sitôt.

          Kirkouk est entré sous le contrôle de l’armée irakienne et de Hashd Al-Shaabi suite à un accord entre le gouvernement irakien et le KYB. Par la suite, un rapide changement s’est produit dans les autres zones controversées. Les forces irakiennes se sont dirigées depuis Kirkouk vers l’est et ont pris le contrôle des zones controversées à Tuzhurmatu et Diyala. A l’ouest, les forces rattachées au gouvernement irakien ont également rapidement progressé dans la zone qui comprend la zone rurale dans le nord et l’ouest de Mossoul. Le 20 octobre, l’armée irakienne a commencé à prendre le contrôle d’Altinkopru, une commune turkmène considérée comme le point le plus critique situé sur la route reliant Arbil à Kirkouk, Zummer à proximité du barrage de Mossoul et les champs pétrolifères de cette zone ; mais aussi le poste-frontière de Rabia et la route menant à la frontière turque dans le nord. L’armée irakienne a trois objectifs dans ces emplacements : prendre le contrôle des champs pétrolifères importants ; assurer le contrôle de la frontière de l’Irak avec la Turquie et la Syrie, et encercler la zone d’influence du KDP.

          Le responsable de cette grande déroute subie par l’administration régionale kurde d’Irak est Barzani. Il n’a pas prêté oreille aux avertissements de la Turquie et de l’Iran en amont du référendum. Il n’a pas analysé correctement sa propre puissance militaire et politique. Il a surestimé le soutien occidental dont il profitait et a eu une trop grande confiance vis-à-vis d’eux. Il a agi avec ses sentiments et pas avec sa raison.

          Dans ce processus, la Turquie et l’Iran n’ont pas critiqué le gouvernement irakien, au contraire ils lui ont envoyé ouvertement des messages de coopération. Il n’y a aucun signe sur une rupture de ce soutien attribué par Ankara et Téhéran à Bagdad. D’ailleurs, il est même possible que la coopération militaire turco-irakienne soit renforcée dans un proche avenir.

          En réalité, les conséquences du processus qui s’est déroulé en Irak convient parfaitement aux attentes de la Turquie. Le référendum a été jeté à la poubelle, la ville turkmène de Kirkouk a été libérée du joug de l’administration régionale kurde d’Irak, le règne du gouvernement central sur Kirkouk a permis aux Turkmènes de souffler. Actuellement, le gouvernement irakien a une bonne longueur d’avance mais les jeux ne sont pas faits. Les conflits risquent de continuer.

          D’autre part, la Turquie a déclaré qu’elle établirait une relation directement avec le gouvernement central à la frontière irakienne. Il semble qu’un nouveau poste-frontière sera installé et que l’ancien poste sera remis à Bagdad. Mais le seul aspect de la question pour la Turquie n’est pas Kirkouk ou les zones controversées. La Turquie craint que le vide découlant de l’affaiblissement du KDP soit comblé par l’organisation terroriste PKK. Il semble que le PKK essaie d’instrumentaliser le trouble interne de l’administration régionale kurde d’Irak pour sa propre propagande. Mais cette phase risque de se finaliser par le renforcement du PKK en Syrie mais aussi par l’élargissement de la zone d’influence du PKK en Irak. Le renforcement du PKK sera une source d’instabilité pour l’Irak. Par conséquent, la Turquie se doit de suivre de près ce processus. A ce stade, ce ne serait pas surprenant que la Turquie renforce la lutte contre le terrorisme du PKK en Irak dans le cadre d’une coopération avec l’Irak.



SUR LE MEME SUJET