Pourquoi les crises régionales ne peuvent être résolues avec les acteurs mondiaux

Etude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la faculté des Sciences politiques de l’université Yıldırım Beyazıt d’Ankara

Pourquoi les crises régionales ne peuvent être résolues avec les acteurs mondiaux

Pourquoi les crises régionales ne peuvent être résolues avec les acteurs mondiaux

Prof. Dr. Kudret BÜLBÜL*

La stabilité n’a été rétablie dans aucun pays faisant l’objet d’une intervention des acteurs mondiaux ou des coalitions internationales formées sous le leadership des acteurs mondiaux dans l’histoire récente. Bien au contraire, on peut constater que l’instabilité est devenue permanente dans les zones exposées à l’intervention des acteurs mondiaux. Ces pays ont subi de plus grandes pertes, de plus grandes souffrances, des migrations massives et des crises économiques et sont devenus, en majeur partie, invivables.

Un rapide coup d’œil aux crises dans lesquelles les acteurs mondiaux ont joué un rôle actif dans l’histoire récente, expose clairement cette triste réalité.

L’Union soviétique fait partie du passé. Mais la crise de l’Afghanistan qui a éclaté avec l’occupation de l’URSS continue toujours malgré toutes les souffrances qui se sont produites.

En effet, Saddam était un dictateur. De très graves traitements injustes se sont produits sous le règne oppressif de Saddam. Mais après avoir constaté la situation de l’Irak après l’intervention des acteurs mondiaux, combien d’Irakiens auraient-ils préférés l’Irak de Saddam à l’Irak d’aujourd’hui ?

Les Libyens portent-ils de l’espoir quant à l’avenir de la Libye, morcelée et pillée suite à l’intervention des acteurs mondiaux ?

Et la Syrie ? La quasi-totalité des habitants ont été déplacés, des centaines de milliers de personnes ont été tuées, les villes comme Damas et Alep, symboles de la civilisation, sont devenues méconnaissables. Quel genre d’avenir peut-on prévoir en Syrie suite à l’intervention des acteurs mondiaux ?

Le Pakistan qui a payé le tribut le plus lourd de la guerre de plusieurs décennies sévissant en Afghanistan, est aujourd’hui confronté aux menaces américaines et à une crise plus grave que celle des précédentes années.

Alija Izetbegovic, un des dirigeants les plus vertueux de l’Humanité, a été contraint de signer les accords de Dayton sous la menace, le chantage et des promesses jamais accomplies. Ont-ils réellement apporté la sérénité aux musulmans de Bosnie ? Les assassins serbes qui ont jeté les Musulmans de Bosnie dans des fosses communes ont été jugés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, mais la Bosnie-Herzégovine est devenue un pays sans aucune marge de manœuvre divisée entre Serbes, Croates et Bosniaques.

Le drame des musulmans d’Arakan/Rohingyas, dont les maisons ont été incendiées, qui ont été tués et exilés de force du Myanmar, se sont pour l’instant réfugiés au Bangladesh. Comme ils ne peuvent atteindre l’Occident en raison de la distance, ils n’attirent pas l’attention de la communauté internationale ou des acteurs mondiaux. Une solution plus juste sera-t-elle trouvée lorsqu’ils attireront leur intérêt ? C’est incertain.

Nous voyons dans quel état se trouve aujourd’hui la Palestine avec l’intervention des acteurs mondiaux au cours du dernier siècle. La Palestine, dont le territoire est réduit de jour en jour en raison de l’occupation israélienne et les Palestiniens qui vivent dans une prison à ciel ouvert dans un espace de plus en plus restreint…

Les exemples sont nombreux.

Malheureusement, toutes les crises susmentionnées sont survenues dans des pays musulmans. Ce phénomène mérite d’être expliqué et évalué.

Pourquoi les problèmes deviennent-ils plus permanents suite à l’intervention des acteurs mondiaux ?

La principale raison est probablement la mentalité des acteurs mondiaux. Ils ont un point de vue de la politique international axé sur les intérêts au lieu des principes, de la justice, du droit et des valeurs. Kati Piri, rapporteur du Parlement européen pour la Turquie, a déclaré, cette semaine, que l’organisation terroriste PKK qui a assassiné 40.000 personnes, ne constitue pas une menace pour l’UE. Cette déclaration dévoile ouvertement leur point de vue. Cette approche, qui considère qu’aussi longtemps que le terrorisme ne les attaque pas ils n’ont aucune préoccupation, crainte ou vertu, est préoccupante pour l’humanité. Notre civilisation n’est pas habituée à cette approche. Nous ne pouvons avoir un regard impérialiste sur les problèmes. Nous ne pouvons adopter un point de vue ne respectant aucun principe, capable d’avoir recours à toutes les méthodes et à toutes les manipulations pour parvenir à nos fins, pour nos propres intérêts. Dans notre civilisation, la guerre a aussi des règles. Nous considérons que la guerre est légitime uniquement dans le cadre des règles de la guerre et pas en instrumentalisant les règles dans la guerre. L’approche des acteurs mondiaux qui n’est pas axée sur les valeurs/la justice, qui ne connaissent aucune limite pour parvenir à leur fin et considèrent la politique étrangère selon leurs intérêts, doivent indubitablement avoir une approche des questions susmentionnées, des crises qui sévissent dans notre région, placée dans ce cadre.

Les acteurs mondiaux peuvent donc être la source même, les vecteurs des crises dans notre région.

Ils peuvent aussi soutenir les crises régionales, comme nous en avons souvent été témoins, pour se porter préjudice. Ils peuvent vouloir utiliser les pays, les populations de la région comme un bélier pour porter atteinte à autrui dans le sens de leurs objectifs impérialistes.

Les acteurs mondiaux souhaitent prolonger les crises existantes même s’ils ne les ont pas provoquées, et peuvent aussi développer des politiques dans ce sens. L’attitude des Etats-Unis en Syrie est l’expression concrète de cette situation.

Les acteurs mondiaux peuvent considérer les crises régionales comme une opportunité commerciale en raison des ventes d’armes massives.

D’autre part, les acteurs mondiaux ne sont quasiment pas touchés par les conséquences découlant de la raison des crises qui se produisent dans la région. Ce sont les pays de la région qui paient le prix lourd des crises.

Les acteurs mondiaux ne sont pas permanents dans la région. Les graines de la discorde semées entre les populations régionales ne les toucheront pas.

Des coalitions régionales et pas internationales qui ne paient pas de tribut, doivent être trouvées pour une solution face aux crises régionales pour les raisons susmentionnées.

Les problèmes ne sont pas uniquement dus aux acteurs mondiaux. Au fond, les origines des crises et l’intervention des acteurs mondiaux sont la plupart du temps dus à l’attitude des pays de la région. D’ailleurs, les erreurs des pays de la région sont le sujet d’un autre article. Je parle des conséquences d’une mauvaise méthode ou d’une méthode qui doit être adoptée pour la solution des crises régionales.

Les pays de la région subissent et continueront de subir les préjudices de la lutte des acteurs mondiaux si une solution n’est pas recherchée à l’échelle régionale.

Nous pouvons avoir des critiques absolument légitimes concernant les politiques expansionnistes, confessionnelles ou racistes des pays voisins. Les efforts en vue d’une solution régionale peuvent nous paraître, à juste titre, difficiles à accepter en raison de ces politiques des pays régionaux. Néanmoins l’intervention des acteurs mondiaux aux questions régionales, comme nous l’avons cité dans les exemples, ne résout pas les crises et les approfondit. Les crises qui deviennent plus permanentes rendent les pays de la région plus ouverts à une intervention internationale. Cette situation oppose davantage les enfants de la même région qui cohabitent depuis mille ans et dévalorise l’ensemble de la région. Par conséquent, il faut à tout prix déployer tous les moyens pour que les crises régionales soient résolues avec les pays de la région. 

 

Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la faculté des Sciences politiques de l’université Yıldırım Beyazıt d’Ankara.



SUR LE MEME SUJET