Massacre chimique en Syrie

Etude de Can ACUN, écrivain-chercheur à la Fondation des études politiques, économiques et sociales – SETA

Massacre chimique en Syrie

La nouvelle attaque chimique perpétrée à Douma dans la Ghouta orientale de Damas en Syrie a été traitée par la presse mondiale. Malheureusement, un grand nombre de civils, dont la grande majorité est constituée de femmes et d’enfants, ont péri dans l’attaque. Les premières évaluations signalent l’utilisation de gaz sarin dans l’attaque. La Ghouta orientale, contrôlée par les opposants depuis le début de la guerre, est la principale cible du régime ces derniers temps. La région subit un intense bombardement depuis plusieurs mois ; les hôpitaux, écoles et mosquées sont souvent pris pour cibles.

Il est extrêmement important pour le régime de reprendre la Ghouta orientale, dotée d’une position stratégique menaçant directement le régime de par sa situation géographique à Damas, et de nettoyer les opposants qui s’y trouvent. Un blocus est imposé depuis le début de la guerre à la Ghouta orientale qui figure parmi les zones de désescalade dans le cadre du processus d’Astana concrétisé avec le consensus de la Turquie et de la Russie. Néanmoins, le régime et ses soutiens, à savoir la Russie et l’Iran, ont commencé à prendre pour cible la région en prétextant les organisations terroristes présentes dans la région. A la suite d’intenses bombardements, les opposants se sont rendus sous la médiation de Moscou et ont commencé à être évacués vers le nord de la Syrie, la zone d’influence de la Turquie.

La ville de Douma dans la Ghouta orientale a été reprise en dernier lieu par Jaych al-Islam dans le processus d’évacuation. La Russie a agi en tant que médiateur dans les pourparlers entre Jaych al-Islam et le régime. Dans le sens de l’accord établi avec la Russie, Jach al-Islam devait perpétuer sa présence dans la région et assurer la sûreté de la région comme force de police. Mais cet accord a été rejeté par le régime syrien. Les pourparlers avaient été interrompus lorsque Jaych al-Islam avait refusé son évacuation de la ville de Douma. Dans ce processus, une attaque chimique a été lancée contre cette ville. Plusieurs civils ont perdu la vie dans l’attaque chimique. Jaych al-Islam a été contraint d’accepter son évacuation de Douma vers le nord de la Syrie à la suite de l’attaque chimique. D’un côté, l’insistance pour rester à Douma a coûté cher avec le lancement de l’attaque chimique. De l’autre, Jaych al-Islam a accepté l’évacuation dans le sens de la demande des civils, suite à leur forte préoccupation et à leur peur au lendemain de l’attaque chimique. Celle-ci a permis au régime syrien d’assurer l’évacuation du principal bastion des opposants en Syrie, à proximité du centre-ville de Damas.

Si un accord sur l’évacuation n’avait pu être mené à bien, les coûts d’une opération militaire visant à reprendre Douma auraient été très élevés. Ils savaient bien que Jaych al-Islam construisait depuis longtemps des lignes de défense et possédait un nombre important de munitions et d’armes lourdes dans ses entrepôts d’armes à Douma. D’autre part, Jaych al-Islam se distingue des opposants syriens avec sa capacité militaire. La défense à Douma, qui se trouve sous le blocus du régime syrien, de Jaych al-Islam, constitué en majorité d’anciens soldats, aurait coûté cher à Damas. Or, le régime syrien avait payé cher pour l’opération qui avait duré plusieurs mois pour prendre la ville de Darayya, similaire à Douma. Le régime syrien a évité des frais importants par l’attaque chimique dont elle serait l’auteur et a obtenu un résultat rapidement et facilement. L’usage des armes chimiques est une méthode contraire aux valeurs humaines mais la dernière attaque représente un bénéfice important du point de vue du régime.

Tant que l’usage des armes chimiques par le régime syrien ne provoque pas de réaction internationale, il s’agit certainement de la solution la moins coûteuse pour Damas. Le régime syrien a utilisé des armes chimiques à 215 reprises depuis le début de la guerre et aurait de nouveau eu recours aux armes chimiques en prévoyant la léthargie de la communauté internationale. D’autre part, sur le plan diplomatique, le régime s’appuie sur le soutien de la Russie au Conseil de sécurité des Nations unies et sur le plan militaire, il peut aussi avoir eu recours à cette méthode en prévoyant la protection sans réserves ni conditions de la Russie. Dans une équation où les valeurs humaines sont laissées de côté et la communauté internationale est indifférente, on peut estimer que du point de vue du régime syrien, la meilleure solution à Douma est le recours à l’arme chimique.



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