Le caractère changeant de la guerre (étude)

Une étude du Dr. Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Le caractère changeant de la guerre (étude)

Les technologies de défense et les pratiques concernant la guerre, ont montré un développement durant toute l’histoire en parallèle avec la technologie. L’usage des nouveaux moyens, techniques et méthodes, sert non seulement à assurer une supériorité face à l’ennemi, mais assure aussi une force de dissuasion. Cependant, chaque nouveauté provient des leçons tirées des précédentes guerres ou conflits.

Le développement très rapide des technologies de communication, les développements géopolitiques ainsi que l’apparition des acteurs extra-étatiques en plus des États, font perdurer les guerres avec de nouveaux systèmes, tactiques et méthodes. Dans cette nouvelle approche appelée « guerre de nouvelle génération », des troupes liées entre elles tel un réseau, bien plus petites mais d’une bien plus grande mobilité, sont utilisées en tant que partie intégrante des opérations politiques, économiques et sociales.

Parmi les premiers exemples des guerres de nouvelle génération, se trouvent l’opération en Libye, la guerre civile en Syrie et l’Afghanistan. Dans ces exemples, nous voyons que les Etats utilisent des acteurs extra-étatiques pour leurs intérêts politiques et militaires, et que ces guerres ne sont pas des guerres ouvertement proclamées, menées sur des terrains de combats, mais plutôt des « guerres par procuration ». La guerre des guérillas met en avant-plan les stratégies spéciales de guerre non-ordonnées. Ainsi, des méthodes telles que la guerre psychologique, la guerre électronique ou la cyberguerre sont utilisées pour arriver à des résultats tactiques et stratégiques.

Les menaces ainsi que les conditions des éventuelles opérations sont les facteurs principaux déterminant les technologies de défense et les stratégies de guerre. L’analyse de régions où peuvent éclater les combats et des conjonctures, sont nécessaires pour que les Forces armées se préparent aux opérations qu’elles vont mener dans ces régions, face aux conjonctures et capacités des ennemis potentiels. De nos jours, il existe de nombreuses tensions, crises et guerres, formées sur des bases politiques, historiques et économiques. Une grande partie d’entre elles se trouvent au Moyen-Orient et dans ses alentours.

Les mouvements sociaux appelés « Printemps arabe » qui ont débuté en 2011 en Tunisie et qui se sont propagés rapidement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ont causé d’importants changements dans les équilibres géopolitiques de la région. Ces mouvements qui ont engendré un changement de régime en Tunisie, en Libye et en Égypte, et qui ont causé une guerre civile en Syrie, ont également accru l’influence des groupes armés radicaux. La guerre civile qui a débuté en 2011 en Syrie, menace directement la sécurité nationale des pays de la région. La crise risque de s’approfondir ou de se transformer en guerre intégrant les pays de la région.

La politique de guerre par procuration menée par l’Iran,- un des principaux producteurs énergétiques du Moyen-Orient,- est perçue comme une sérieuse menace aussi bien par les pays de la région que le système international. Les technologies de roquettes et de missiles de longue portée de l’Iran, ses investissements dans les systèmes capables d’entraver la circulation maritime dans le Golfe persique, renforcent cette perception de menace. En outre, il est possible que la tension entre l’Iran et Israël se transforme en conflit.

          Nul doute, la technologie a joué et continue de jouer un rôle déterminateur dans la transformation et le développement de la guerre. Les progrès notés en matière de science et technologie mettent en avant-plan les technologies, systèmes et solutions dans le domaine de la défense. Celles-ci sont les technologies de l’information et de la communication, les cyberguerres, la biotechnologie, les énergies renouvelables, les systèmes de guerre autonomes, les technologies avancées de matières et de production, les technologies de simulation et de visualisation ainsi que les systèmes d’énergie alternative et de carburant.

          Le stratégiste  mondialement célèbre Carl von Clausewitz qualifie la guerre comme la continuation de la politique avec d’autres moyens. En tenant compte de cette définition, il faut évaluer la guerre, et dans le sens le plus large, la capacité de défense, comme une notion de la stratégie de sécurité nationale. D’ailleurs, durant les siècles passés, les empires et les États ont utilisé la guerre comme une partie de leurs politiques économiques et militaires. Actuellement, le développement des compétences militaires, des technologies de défense et des stratégies de guerre, est directement lié à la technologie. Prévoir comment aura lieu la guerre dans un avenir proche et lointain, les conditions et conjonctures des éventuels conflits ainsi que les éventuelles capacités des ennemis, sont nécessaires pour une force de guerre effective. Si ces capacités de prévoyance stratégique, économique, politique et technologique sont utilisées en même temps, alors il sera possible de se forger une capacité de défense capable de répondre aux besoins modernes.



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