La diplomatie publique turque sur le Turkestan

Analyse de Cemil Doğaç İpek, membre du corps enseignant du département des Relations internationales de l’université Atatürk

La diplomatie publique turque sur le Turkestan

          C’est surtout à partir du début des années 2000 que la diplomatie publique a une importante place dans les relations internationales et qu’elle est devenue un instrument indispensable de la politique étrangère.        

          L’indépendance des Républiques turcomanes en Asiecentrale a sans doute apporté une nouvelle dimension à la politique étrangère de la Turquie. La coopération et les relations de la Turquie avec ces pays avec lesquels elle a des liens linguistiques, historiques et culturels se sont rapidement développées dans plusieurs domaines. La stabilité politique et économique des pays indépendants d’Asie centrale, la coopération entre eux-mêmes et avec les pays voisins, leur intégration à la communauté internationale et leur présence en tant qu’Etats qui ont adopté les valeurs démocratiques constituent la politique générale de la Turquie concernant la région. Cette politique menée par la Turquie lui a également permis de devenir un important partenaire des pays de la région. Le Conseil de coopération entre les pays turcophones, fondé en 2009 avec la participation de la Turquie, de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan et du Kirghizistan est l’un des résultats les plus importants du Sommet des Chefs d’Etat des Pays Turcophones, organisé sous l’égide de la Turquie depuis 1992 dans l’objectif d’augmenter la coopération entre les pays turcophones. 

Ce conseil joue un rôle essentiel dans l’institutionnalisation de la coopération du monde turc et il est implanté à Istanbul. Le Turkménistan n’y a pas adhéré pour son statut de pays impartial et l’Ouzbékistan pour des raisons politiques.

          Les activités de diplomatie publique de la Turquie pour cette région se concentrent surtout sur des aides culturelles, éducatives, de développement et de média. L’une des premières initiatives lancées dans ce contexte est la préservation du patrimoine culturel, artistique, linguistique et historique du monde turc et la création en 1993 de l’Agence internationale de la culture turque (TURKSOY) pour présenter ces valeurs et les transmettre aux futures générations. Excepté la Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, la République Turque de Chypre du Nord (RTCN), 6 républiques autonomes attachées à la Fédération de Russie et la République autonome de Gagaouzie attachée à la Moldavie ont le statut d’observateur à TURKSOY.  Cela fait de TURKSOY, la plus grande organisation sur les pays et communautés turcophones. TURKSOY qui poursuit ses activités en collaboration avec les ministères de la Culture et du Tourisme, est une agence à titre d’exemple dans la coopération multilatérale et la diplomatie publique réciproque.

          La Turquie qui accorde une importance particulière aux activités de formation dans ses relations avec la région, a accueilli des centaines d’étudiants des Républiques turques via le ‘Grand Projet d’Etudiant’ lancé en 1992. De nos jours, un programme de bourse beaucoup plus large est dirigé par la Présidence des Turcs à l’étranger et des communautés apparentées, sous le nom de ‘Bourses de Turquie’. Des dizaines de nouveaux étudiants sont reçus chaque année dans les Universités turques dans le cadre du ‘Programme de Bourses pour les Pays Turcophones’ qui figure dans ce programme. D’autre part, l’Institut Yunus Emre est devenu via les travaux relatifs à l’expansion de la langue turque, un des importants outils de la Turquie en matière de diplomatie publique. Le seul centre de l’Institut Yunus Emre en Asie Centrale, est implanté à Astana. Il y a 4 établissements au Kirghizistan, 4 au Turkménistan, un au Kazakhstan et un en Ouzbékistan. Ces établissements sont tous liés au ministère turc de l’Education.

          L’Université Manas Kirghizistan-Turquie est en activité à Bichkek depuis l’année universitaire 1997-1998. Cette université reçoit les étudiants de trois principales régions. Ces régions sont principalement le Kirghizistan, la Turquie et les communautés apparentés aux Républiques Turcophones. La Turquie compte environ 400 étudiants dans cette université. Le Kirghizistan constitue, pour sa part, 84% des étudiants. Selon les données de l’année académique 2014-2015, 4891 étudiants poursuivaient leurs études en licence et pré-licence dans 9 facultés, 4 hautes écoles, 1 haute école professionnelle, et 243 autres élèves en haute licence et doctorat dans 2 instituts dans la session automnale. L’université a un statut autonome au même statut que les universités publiques en Turquie et au Kirghizistan. Les études dans cet établissement sont gratuites et une « bourse de contingent d’entrée », « une bourse de succès académique », « une bourse de soutien » et « une bourse de sportif national » sont proposées aux étudiants. La langue d’enseignement est le turc de Turquie et le kirghize.

          L’enseignement et les recherches à l’université Ahmet Yesevi, qui est la première université publique conjointe du monde turcophone, ont lieu dans le campus situé au Kazakhstan. Les « programmes d’enseignement en turc de Turquie » (TURTEP) de la faculté d’enseignement à distance au Turkestan, « les programmes d’enseignement en kazakh » (KAZTEP) et « les programmes d’enseignement en langue russe » sont menés en coopération avec les décanats et en harmonie avec les programmes des facultés concernées. Les programmes d’enseignement en ligne sont appliqués avec succès depuis 2002 au sein de l’université. La langue d’enseignement de l’université est le turc et le kazakh. Outre ces langues, l’anglais et le russe sont également enseignés. Dotée de ses 880 personnels académiques, l’université comprend des facultés d’Economie, d’Histoire et Enseignement, de Turcologie et des Langues étrangères, de Droit, de Médecine, des Sciences, des Sciences du Sport, des Beaux-arts, de l’Informatique et de l’Ingénierie.

          Les domaines d’activités diplomatiques publiques de la Turquie au Turkestan / en Asie centrale, ne sont pas limités à ceux-là. La TRT, TIKA ainsi que la direction générale de la Presse et de l’Information, mènent également de sérieux travaux dans ce sens. Nous allons analyser de temps à autre ces travaux dans nos prochains programmes.



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