La nouvelle ère en Chine et les relations turco-chinoises

Une étude de Cemil Dogac Ipek, docteur en Relations internationales à l'université Ataturk

La nouvelle ère en Chine et les relations turco-chinoises

Avec une population d’environ 1,4 milliards de personnes, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. La Chine est dirigée par le Parti communiste chinois (PCC), le plus grand parti politique du monde avec 98 millions de membres adhérents. (Ce géant pays d’1,4 milliards d’habitants, est dirigé par un régime à parti unique et toute opposition se fait au sein de ce parti.). Le PCC, Parti communiste chinois, organise traditionnellement tous les 5 ans, un congrès national. Le PCC a organisé son 19e congrès national entre les 18 et 24 octobre 2017. Avec les voix de 2300 délégués, Xi Jinping a baissé le nombre de ses concurrents au sein du comité central du parti communiste qui compte 25 personnes, et haussé le nombre d’alliés. Xi Jinping a inscrit son nom à la constitution du parti communiste, aux côtés de celui de Mao Tsé-toung, fondateur du régime. Dans le même temps, inscrivant également son nom dans le projet ‘Une Ceinture, Une Route’ qu’il avait lancé en 2013 lors d’une conférence au Kazakhstan, Xi Jinping a fait de ce projet la politique officielle de la Chine. Le président de la Chine, Xi Jinping, a consolidé son pouvoir en inscrivant son nom et ses projets dans la constitution de son parti. Par conséquent, le nom de Xi Jinping s’est inscrit dans la constitution de la Chine de son vivant (avant son décès).

          Les relations diplomatiques entre la Turquie et la Chine ont été fondées en 1971. La coopération entre les deux pays a commencé à gagner de l’élan à partir des années 1980 où les deux pays ont commencé à s’ouvrir vers l’extérieur et à se développer du point de vue économique et politique. Les relations qui ont haussé au niveau de la ‘coopération stratégique’ en 2010, se développent à grande vitesse ces dernières années avec la contribution des visites réciproques de haut rang.

          Il y a d’intenses contacts entre les deux pays ces dernières années. Les hommes d’Etat turcs et chinois se sont régulièrement rencontrés. Le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan a participé au sommet ‘Une Ceinture, Une Route’ organisé en Chine en mai 2017. De son côté, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a réalisé une visite en Chine au début du mois d’août juste avec la réunion du sommet de l’ASEAN.

          Actuellement la Turquie souhaite multiplier ses alternatives en matière de politique extérieure. Dans ce contexte, les leaders turcs considèrent très important le développement des relations avec la Chine. Les leaders chinois considèrent de leurs côtés, que la Turquie est une puissance régionale dans le Moyen Orient et a un rôle clé dans le cadre du projet ‘Une Ceinture, Une Route’. Les autorités turques précisent que l’initiative ‘Corridor Central’ de la Turquie est en parfaite harmonie avec le projet ‘Une Ceinture, Une Route’. Car les deux pays souhaitent réanimer l’ancienne ‘Route de la Soie’. La Turquie se trouve sur la voie d’accès au marché européen de la Chine. Le fait que la Turquie soit devenue le point essentiel des chaînes d’approvisionnement internationales reliant les marchés chinois et européen, apportera à la Turquie beaucoup d’avantages.

          La Chine est le premier partenaire de la Turquie en Extrême Orient et son second partenaire dans le monde, derrière l’Allemagne. Dans le classement 2016 des pays vers lesquels la Turquie exporte le plus, la Chine se classe au 19e rang, et dans le classement des pays depuis lesquels elle importe le plus, la Chine se trouve en tête du classement. Bien entendu, un déséquilibre d’import/export entre les deux pays, tape à l’œil. Selon les données 2016, tandis que l’exportation de la Turquie vers la Chine était de 2,32 milliards de dollars, l’importation réalisée depuis ce pays était de 25,44 milliards de dollars. Cette situation cause une perte de 23,12 milliards de dollars dans le commerce bilatéral au dépend de la Turquie. La correction de cette situation dans un avenir proche, pourrait porter les relations entre les deux pays à un niveau plus élevé.

          Ce ne sera pas une surprise que dans la période à venir la Chine devienne un pays plus sûr de lui et suive une politique extérieure plus ambitieuse. Car, dans son long discours tenu le 18 octobre, Xi Jinping a mis l’accent à mainte reprise sur l’identité de ‘grande puissance’ de la Chine. Par ailleurs, il a souligné que la période où la Chine était méprisée, était dépassée, et que le temps de sa résurrection en tant que puissance internationale ayant une civilisation, était venu.  La Chine se prépare à un grand ‘bon en avant’ à la suite des décisions prise lors du 19e congrès du PCC. Nous pourrons voir dans la nouvelle période, une Chine où le niveau de prospérité hausse, une Chine s’ouvrant davantage au monde, plus compétitive contre les pays puissants et riches voire-même devançant la plupart d’entre eux, et ayant un rôle régional et international ainsi qu’une influence en hausse. 

          La Turquie qui vit divers problèmes avec ses alliés occidentaux, les Etats-Unis et l’Union européenne, développe ses relations avec les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai. Dans ce contexte,  le fait que la Chine suive une politique haussant son influence dans la politique et l’économie mondiales, pourrait multiplier les projets de coopérations turco-chinoises.

          Renforcer ses relations économiques, politiques et militaires avec la Chine alors qu’elle vit divers problèmes dans ses relations avec ses alliés occidentaux, peut être une alternative intéressante pour la Turquie. Les efforts de la Turquie pour le renforcement de ses relations avec la Chine, vise à assurer une harmonie avec l’ère multipolaire qui commence à apparaître. Et cette situation reflète le souhait de la Turquie de multiplier ses alternatives dans la politique internationale. Les Turcs Ouïghours représentent un des sujets critiques entre la Turquie et la Chine. A la lumière des relations bilatérales qui se développent entre les deux pays, la Chine doit désormais alléger la pression sur les Turcs Ouïghours. Si la Chine parvient à faire cela, les relations bilatérales pourront avancer plus rapidement et les Turcs Ouïghours pourront jouer un rôle clé dans les relations entre les deux pays.



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