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Les musulmans Rohingyas: Arkan ou le sang uniquement (étude)

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la faculté de Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit

Les musulmans Rohingyas: Arkan ou le sang uniquement (étude)

Prof. Dr. Kudret BÜLBÜL*

Pour comprendre les évènements à Arakan, il faut d’abord parler un peu de sa géographie. Arakan est un des 7 Etats du Myanmar. Le Myanmar est entouré de la Thaïlande, du Laos, de la Chine, de l’Inde, du Bangladesh et du Golfe du Bengale. S’étirant sur toute la côte maritime, Arakan est la région la plus stratégique du Myanmar… L’expansion de l’islamisme à Arakan aurait débuté avec les commerçants musulmans rescapés d’un naufrage dans le Golfe du Bengale. Tout comme les musulmans Moro, les musulmans d’Arakan vécurent durant des siècles sous leur propre sultanat. Ils ont été envahis par les Britanniques en 1885 avec les politiques expansionnistes des pays impérialistes occidentaux.

« Si deux poissons se disputent dans un fleuve, sachez qu’un Britannique aux longues jambes vient tout juste d’y passer. » Comme pour rappeler ce proverbe indien, les problèmes se sont accrus après l’indépendance du Myanmar en 1948. Venant au pouvoir en 1962 avec un coup d’Etat, le Général Ne Win changea le nom de son pays étant de « Burma » (Birmanie) jusqu’alors, à « Myanmar ». Lors de la période républicaine unipartite, l’Etat mène tout type de politique pour forcer les musulmans à quitter leurs terres. Il ne faut pas non plus oublier les attaques inhumaines des Bouddhistes extrémistes, connues sous le nom de « mouvement 969 ».

Le point atteint après des dizaines d’années à Arakan, c’est la souffrance, les larmes, l’exil, le sang…

Nous avions réalisé un panel à la faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit avec la participation du président du Conseil européen Rohingya (CER) et du sous-secrétaire adjoint aux Affaires étrangères, l’ambassadeur Umit Yardim, en vue d’attirer l’attention à la question d’Arakan. Notre invité venu des Pays-Bas utilisait deux noms : La Jo et Mohammed Houbeyb. Quand on lui a demandé pourquoi, sa réponse reflétait la situation au Myanmar; car dans ce pays, pour ne pas être victime de discrimination, tout le monde est obligé d’utiliser un nom birman, hormis son vrai nom. Comme la Bulgarie avait fait la même pression aux Turcs dans les 1980, voire même forcé à changer  les pierres tombales, nous savons ce que cela veut dire.

Les souffrances sont grandes… Mais si nous continuons à respirer, il reste de l’espoir. C’est pourquoi, il faut parler aussi des solutions.

  1. Faire une pression internationale sur le Myanmar. Si l’on parle de pression et d’oppression dans un pays au lieu de la justice et des droits, ce type d’oppression ne peut prendre fin qu’avec la force. C’est pourquoi, la communauté internationale doit avoir recours à toutes les voies qui pourront fortement faire pression sur le Myanmar. Ce moyen doit être surtout utilisé par les Etats et les organisations internationales.
  2. Un groupe international de solution. Il faut former un groupe international pour la solution de la question, comme le groupe Minsk en Ukraine. Nous savons que la Chine et l’Inde ne font pas partie de la solution, mais plutôt de la question elle-même. Toutefois, il faut quand même les intégrer dans le processus pour arriver à une solution. Ce groupe doit être chargé d’assurer le retour en toute sécurité des musulmans d’Arakan dans leur pays et de surveiller la garantie de leurs droits de vie après leur retour.
  3. Internationaliser les pressions, oppressions et violations des droits de l’Homme à Arakan. Les musulmans d’Arakan n’ont toujours pas de pièce d’identité officielle comme les kurdes de Syrie. Comme ils n’ont pas de statut officiel, il ne peut y avoir de solutions à leurs besoins fondamentaux comme l’enseignement et la santé. Les ONG peuvent porter ces violations sur toutes les plateformes et ce, dans le monde entier. Ainsi, des procédures judiciaires pourront être entamées. Les procès qui seront intentés contre l’Etat et/ou les soldats impliqués dans les violations des droits, peuvent être dissuasifs même s’ils n’aboutissent pas à un résultat concret
  4. Aider le Bangladesh. Il faut soutenir le Bangladesh, qui est lui-même en difficulté, pour qu’il vienne en aide à des centaines de milliers de personnes.
  5. Prioriser les agences stratégiques.  Tout comme il l’a été au Myanmar, la Turquie apporte son soutien avec ses institutions comme AFAD, le Croissant rouge turc, la TIKA, IHH et les autres ONG, partout où il y a une crise humanitaire. Même si elles sont très importantes et urgentes, se focaliser uniquement sur ces aides, ne suffit pas. Les centres qui apportent des solutions stratégiques aux questions, ainsi que les think-thank spécialisés sont tout autant importants.
  6. Fonder un groupe international et permanent de crise sous le leadership de la Turquie
  7. Sensibiliser à l’échelle mondiale. La question d’Arakan, tout comme celle de Jérusalem, ne concerne pas uniquement les musulmans. Il est très important de sensibiliser à l’échelle internationale pour ce genre de problèmes. De ce fait, la visite de la Première dame Emine Erdoğan était très significative. Où qu’ils soient, nos lecteurs et auditeurs peuvent mener un travail actif pour cette sensibilisation mondiale.

 

Parfois, quand une seule chose change, tout change. Ne restez pas sans rien faire, partagez la souffrance pour sécher les larmes des oppressés. Que les enfants d’Arakan puissent regarder vers l’avenir non pas avec crainte, mais avec espoir…

 

Prof. Dr. Kudret BÜLBÜL est le Doyen de la faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit à Ankara



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