L’assassinat de l’ambassadeur d’une superpuissance est toujours quelque chose de très important

Voici les détails chronologiques du mois de décembre 2016

L’assassinat de l’ambassadeur d’une superpuissance est toujours quelque chose de très important

Pour toutes les questions qui ont déraillé, que ce soit la Syrie, l’Irak ou le Moyen-Orient, la date d’investiture du nouveau président américain (le 20 janvier) est attendue avec impatience.

Nul doute, des débats vont continuer concernant l’efficacité ou non des Etats-Unis comme notion de solution pour tous les équilibres de la région, mais nous saurons dès mars-avril comment vont agir Washington, Donald Trump et son équipe…

Jusqu’à cette date, tous les acteurs, y compris la Turquie, vont passer à l’action pour saisir le plus d’atouts possibles entre leurs mains.

C’est exactement où nous en sommes actuellement…

L’accord assuré par la Turquie et la Russie  (plus l’Iran) pour un cessez-le-feu en Syrie revient également à exclure du terrain ceux qui ont transformé la vie des innocents en enfer dans la région…

« Ni la Russie, ni l’Iran et ni la Turquie n’ont d’actualité secrète sur la Syrie. L’Occident est obligé de respecter l’accord sur ce pays. Certains articles de l’accord peuvent ne pas plaire aux Etats-Unis ou à l’UE. Mais c’est la vie. Il faut s’habituer » avait affirmé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. C’est ainsi que Poutine définissait la situation dans laquelle se trouvaient les Etats-Unis, définis par Poutine en personne, comme la plus grande, voire même, la seule puissance mondiale.

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré lors du Forum international économique à St. Petersburg que les Etats-Unis sont une grande puissance, probablement l’unique superbe puissance’. « Nous l’admettons. Nous souhaitons travailler avec les Etats-Unis et nous sommes prêts pour ça » a-t-il dit.

Obama et son équipe qui ont refusé cette proposition il y a seulement six mois est fermement critiquée par certains milieux à Washington.

Cette proposition ne sera pas faite une deuxième fois aux Etats-Unis. Mais Washington sera devant cette proposition dans quelques mois.

Comment ?

« Les Etats-Unis peuvent accepter que la Russie, la Turquie et l’Iran établissent un ordre en Syrie. Mais ils ne doivent jamais autoriser que les relations de la Turquie s’affaiblissent avec l’alliance occidentale. Il ne faut jamais perdre la Turquie » disait un article de ‘The Washington Post’.

L’ordre américain établi qui poursuit ses affaires avec l’administration Obama, a laissé une politique extérieure désastreuse aux Etats-Unis mais plus intéressant encore, essaie de laisser en héritage un patrimoine plus profond « anti-Russie et Poutine » pour piéger la rectification des erreurs en politique extérieure et concernant la ligne Ankara-Moscou.

Je fais souvent cette métaphore ; Il y a un ‘Institut des timings significatifs en Turquie’.

L’attaque contre l’ambassadeur russe a été perpétrée la veille du sommet Turquie-Russie-Iran. L’attaque de Besiktas avait été perpétrée un jour avant la visite du président Erdogan au Kazakhstan, elle a été reportée. Le jour de l’assassinat, les leaders russe, turc et kazakh essayaient de fixer un nouveau rendez-vous.

L’un des articles de l’éventuel consensus vise le PYD/PKK, une éventuelle lutte conjointe des gouvernements iranien et russe, voire de ceux de Damas.

Le Premier ministre Binali Yildirim avait déclaré à la suite de l’attaque : « Cette exposition était en effet une activité importante qui explique l’histoire, l’état actuel et l’avenir des relations turco-russes ».

Rappelons que l’exposition s’appelle « de  Kaliningrad à Kamtchatka ».

Quant à la déclaration de la Russie, elle montre que la présidence turque et le Kremlin ont le même point de vue au sujet de l’assassinat et de ceux qui se cachent derrière cet acte.

L’assassinat de l’ambassadeur d’une superpuissance est toujours quelque chose de très important. Toutefois, le fait qu’une telle crise ait été surmontée en quelques heures est également très important. Le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan a une grande contribution dans ce processus de persuasion…

La Russie a rapidement porté le sujet au Conseil de sécurité des Nations Unies, et assuré l’adoption d’une condamnation.

La Russie n’a pas perçu le sujet comme un problème régional.

Voici les détails chronologiques du mois de décembre :

16 décembre : Le département d’Etat américain et la CIA se sont excusés auprès de la Turquie qu’ils avaient accusée de faire du commerce de pétrole avec l’organisation terroriste Daesh. Ils ont rappelé que la Russie qui avait prétendu la même chose, ne s’était pas excusée…

18 décembre : Obama : « La Turquie possède une armée colossale mais elle n’a pas installé (à temps) l’ordre en Syrie »…

19 décembre : Un avion militaire russe s’est écrasé avec 39 personnes à son bord en Sibérie …

19 décembre : L’UE a officiellement prolongé les sanctions appliquées contre la Russie…

19 décembre : La Russie a annoncé que la Douma allait approuver le projet de gazoduc Turkish Stream…

19 décembre : L’ambassadeur russe à Ankara, Andreï Karlov, a été assassiné à Ankara…

19 décembre : Un responsable du ministère russe des Affaires étrangères a été retrouvé mort dans son domicile à Moscou…

21 décembre : Kremlin : « Les voies de communication entre les Etats-Unis et la Russie, ont été gelées »…

24 décembre : L’inspecteur général de l’Otan, Yves Chandelon, a été retrouvé mort dans sa voiture, tué d’une balle dans la tête…

25 décembre : Un avion russe de type Tupolev Tu-154 avec 93 personnes à son bord, s’est écrasé en mer Noire, peu après son décollage de l’aéroport de Sotchi !…

26 décembre : Alerte à la bombe à Moscou : Des milliers de personnes ont été évacués de trois stations de train…

26 décembre : Oleg Erovinkin, bras droit du président de la compagnie Rosneft Igor Setchine et responsable à Rosneft, a été retrouvé mort dans son véhicule. Erovinkin était un général aux services de renseignement russes, FSB, et travaillait pour le KGB depuis 1976.

26 décembre : Haydar Jabar, attaché culturel, a été retrouvé mort dans le bâtiment de l’ambassade d’Irak à Moscou.

23 décembre : « Le format tripartite formé par la Russie, la Turquie et l’Iran, a prouvé son efficacité dans la question syrienne » a déclaré Poutine lors de sa conférence de presse annuelle.

Il faut poursuivre ce format. Nous appelons les Etats-Unis à se joindre aux efforts de la Russie, de la Turquie et de l’Iran » a-t-il dit…

 

Le 24 décembre, le président Erdogan a formulé la phrase suivante : « Le nouveau président prendra ses fonctions aux Etats-Unis à partir du 20 janvier. Nous allons nous entretenir avec eux. Nous avons terminé la partie qui concerne Al-Bab, maintenant c’est au tour de Minbij. Après Minbij il y aura Raqqa, si nous arrivons à coopérer avec les Etats-Unis ».

Poutine avait fait cette première déclaration : «S’il faut être clair, je doutais de la thèse selon laquelle notre avion avait été abattu par des individus souhaitant nuire aux relations turco-russes sans l’aval du dirigeant turc. Mais j’ai commencé à changer d’avis après l’assassinat de notre ambassadeur par un policier ».

La deuxième déclaration critique est celle du porte-parole du Kremlin, M. Peskov : « Moscou estime qu’il faut attendre les résultats qu’obtiendra le groupe d’enquête conjoint. Comme l’a dit M. Poutine, il ne faut pas faire de déduction concernant ceux qui sont derrière cet assassinat jusqu’à ce que l’enquête soit finalisée ».

La Russie estime que l’assassinat a été commis pour dégrader les relations turco-russes mais relève, d’un autre côté, qu’il vise les relations entre Moscou et Washington, entre Moscou et Trump.

La déclaration de Moscou « jusqu’à ce que l’enquête soit finalisée » signifie, en d’autres termes, jusqu’à ce que des consultations soient faites avec le nouveau président américain.

L’assassinat et ceux qui se cachent derrière cet acte, la diplomatie secrète menée jusqu’à présent par Trump qui prendra ses fonctions le 20 janvier, avec la Russie et les autres pays, signalent une éventuelle reprise des relations entre les deux superpuissances. 



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