Ibrahim Kalin: "Fuir les réalités"

L'article du porte-parole de la Présidence, Ibrahim Kalin, paru le 11 novembre 2017 sur DailySabah

Ibrahim Kalin: "Fuir les réalités"

Tant que les progrès technologiques nous permettent de créer des mondes virtuels et des réalités alternatives, nous sommes de plus en plus confrontés au problème de fuir la réalité et de vivre dans un monde de fantaisie. Les images sur les écrans sont rapides remplaçant les choses elles-mêmes et nous éloignant du monde naturel de celui des vrais gens. Nous aimons plus que nous, nos propres images sur les écrans. Les nouveaux développements sur l’intelligence artificielle vont aller plus loin et nous emmener dans des territoires inconnus. Pouvons-nous en tant qu'êtres humains vivre dans ces autres mondes et encore conserver notre humanité?

La création de réalités alternatives peut ne pas nécessairement être une mauvaise chose. C’est ce que la littérature nous offre de manière créative et enrichissante. Entendre un monde idéal peut nous aider à garder nos espoirs et nos normes élevées. Mais la même chose peut être une manière délirante de fuir la réalité qui définit notre condition humaine et nous obliger à assumer la responsabilité de nos actions. Nous fuyons la réalité dans laquelle nous vivons parce que nous pouvons supporter ce que nous avons créé avec nos propres mains. Remplacer cette réalité avec les mondes virtuels, les machines, les robots et les inventions de l’intelligence artificielle n’est pas la façon de trouver la paix, la tranquillité, le bonheur et le sentiment d’accomplissement. C’est plutôt nous perdre dans des couches multiples des mondes imaginaires.

Ces dernières années, plusieurs romans et films ont repris cette folie proposée par l’intelligence artificielle pour dépasser les limites humaines. La trilogie Matrix, « Ex Machina », « Mondwest », « Black Mirror », « I Robot » et « Blade Runner 2049, » et bien d’autres, racontent l’histoire de la construction de nouvelles réalités avec plusieurs possibilités ainsi que les conséquences dévastatrices. Le thème commun est ce qui définit l’humanité face aux nouveaux développements technologiques et le désir de vouloir plus de tout. Que se passera-t-il lorsque nous nous produirons et deviendrons des prisonniers de nos propres créations ? Comme nous le savons très bien à partir de l’histoire de Frankenstein toujours vif, comment lutterons-nous contre nos propres monstres ?

Le film de 2017 « Ghost in the Shell », réalisé par Rupert Sanders et dans lequel Scarlett Johansson incarne le rôle principal, reprend la question de ce qui arrive quand les gens utilisent d’autres hommes comme machines pour leurs gains personnels et les intérêts des entreprises. Le principal personnage du film, le Motoko Kusanagi (Johansson), est un soldat virtuellement soutenu luttant contre les criminels du monde. Il est le premier de son genre – une âme humaine, ou un fantôme, avec nouvelles améliorations et un corps robotique, c'est-à-dire une coquille. Quand il se rend compte qu’il a été trompé et transformé en une créature d’intelligence artificielle contre sa propre volonté, elle commence à s’interroger sur tout.

Bien que simpliste parfois, le film soulève d’importantes questions morales et philosophiques. Que se passe-t-il lorsque les gouvernements et les grandes entreprises commenceront à changer les esprits et âmes pour servir leurs intérêts ? Qui a le droit de reconcevoir les souvenirs et émotions des hommes afin qu’ils ne se souviennent de rien et obéissent uniquement aux ordres ? C’est une trahison à nos valeurs humaines fondamentales de forcer les gens en leur faisant croire qu’ils auront une vie meilleure et plus heureuse dans un monde virtuel futur beaucoup plus avancé que la réalité actuelle, dans laquelle ils se trouveront sans être eux-mêmes, comme dans une simulation, un programme, un fantôme renforcée dans un corps parfait.

Dans « Ghost in the Shell, » des choses terribles arrivent dans une dystopie future. Mais nous n’avons pas à chercher bien loin pour voir le fait inquiétant que c’est déjà le cas. Nos technologies actuelles et les entreprises axées sur leur propre profit,  cherchent à modifier la perception des gens, leurs désirs et goûts afin qu’ils deviennent les serviteurs inconditionnels du capitalisme consumériste. Afin qu’ils se sentent bien dans leur peau en dépensant plus, à force de vouloir plus et deviennent autre chose qu’eux-mêmes. Pire encore, la plupart des gens sont prêts à payer le prix pour ce mode délirant d’une existence parfaite.

 

Cela semble être ponctué par un profond désir de s’enfuir de notre propre réalité dans un monde imaginaire à tout prix. Pourquoi les gens veulent-ils s’échapper dans un monde fantastique tout en sachant parfaitement que c’est un monde fantastique ? Qu’est que nous fuyons ? Qu’est ce qui manque autant dans nos vies pour que nous souhaitions nous réfugier dans des mondes virtuels et artificiels dont nous connaissons très bien le caractère irréel et imaginaire ?

Je ne sais pas si nous sommes prêts à nous poser ces questions d’une manière sérieuse et honnête. Si nous le faisons, la magie de cette illusion d’auto-réjouissance va se dissiper et nous ferons face peut-être à notre humanité nue avec sa bénédiction et les imperfections. Nous pouvons alors réaliser que ce qui définit notre humanité ne réside pas dans notre capacité à créer des machines mieux que nous, mais dans notre manière de traiter le monde, la nature et nos frères humains avec intelligence, soin et amour. Produire des systèmes d’autodestruction n’est pas la façon la plus intelligente d’utiliser nos capacités données par Dieu.

Au lieu de créer des mondes imaginaires pour échapper à la réalité, nous devons changer notre propre état d’esprit et l’âme, afin que nous puissions vivre en harmonie avec notre propre réalité. Peut-être, nous pouvons essayer d’améliorer l’état de notre réalité afin que nous ne nous sentions pas obligés de la fuir. Il faut sérieusement remettre en question nos priorités modernes et trouver une nouvelle orientation à notre vie, une direction qui nous rapprochera de notre réalité intérieure et de l’humanité.



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