La Perspective d'Istanbul (étude)

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d'Ankara

La Perspective d'Istanbul (étude)

Prof. Dr. Kudret BÜLBÜL* 

Nous allons nous lancer dans un long voyage. Ecrire est un long voyage mené ensemble par l’auteur et le lecteur. Cette compagnie nécessite du respect, de l’amitié et de la confiance. Ecrire nécessite du courage et de la confiance en soi, car vous mettez en avant-plan tous vos acquis, vos pensées et votre cœur.

Ecrire n’est pas unilatéral, c’est une interaction, un partage.

Ecrire est une découverte ainsi qu’une promenade interne.

Ecrire est une aventure car vous ne saurez où vous vous rendrez en écrivant, ni ce à quoi vous serez confrontés une fois avoir écrit.

Nous allons nous retrouver chaque semaine pour traiter de nombreux sujets sur de larges géographies allant des Balkans  au Moyen-Orient, du Caucase en Afrique. Nous allons parfois faire l’écho des cris des oppressés en Palestine, en Crimée, à Akhaltsikhé, à Moro ou à Arakan, parfois être la voix d’une famille séparée de son enfant en Europe, d’un immigré refoulé en Occident ou d’un jeune qui cherche une voie pour ne pas se perdre. Nous allons faire appel aux personnes dotées de bonne conscience du monde entier et focalisées sur l’être humain quelles que soient leur langue, leur religion, leur couleur ou leur race. Car le cours que prennent les choses en Occident n’est pas trop positif… Mais dans tous les cas, nous allons surtout essayer de nous tourner vers la Turquie depuis le monde entier. Nous n’allons pas parler des problèmes de la Turquie, mais allons porter les problèmes du monde dans notre rubrique. Généralement, nous nous focalisons trop sur les problèmes internes, au point d’oublier les problèmes mondiaux. Comme nous ne savons pas ce qui est vécu dans les autres pays, nous n’avons pas connaissance des progrès que nous notons. S’intéresser uniquement à l’actualité nationale, nous empêche de voir les développements dans le monde ainsi que la valeur que nous accorde le monde. Le patrimoine que nous possédons, nous pousse à lever la tête, à voir les développements dans le monde et à ranimer l’espoir que d’autres portent envers la Turquie.

Sur quoi allons-nous nous focaliser et quel va être notre regard aux évènements ?

Le monde est confronté à trois problèmes importants actuels : l’injustice, l’absence de partage et de vivre-ensemble entre diverses cultures. Est-ce que l’humanité a un vécu ou une expérience suffisante pour résoudre ces problèmes ? Y a-t-il une tradition qui, comme Yunus aime la créature de par le créateur quelle que soit sa langue, sa religion, sa race ou sa couleur, qui pense avant tout à son voisin affamé ou qui rend justice à tout le monde ? Si l’humanité possède une telle tradition, alors nous devons avancer vers cette tradition qui nous apportera la sérénité au lieu de suivre des courants qui nous mèneront vers l’inconnu.

Notre propre civilisation nous guidera bien plus que la civilisation occidentale en matière de justice, de partage et de pluralisme. Notre avancée millénaire depuis Khorasan vers les Balkans, est comme un phare maritime qui éclairera notre voie pour résoudre les questions auxquelles nous sommes confrontés.

De ce point de vue, Istanbul était une des villes les plus « globales » pour l’humanité jusqu’à un siècle auparavant. Les pensées/courants/idéologies/perceptions gagneront en profondeur dans les lieux où les diversités vivent ensemble et non dans des zones restreintes ou rurales où chacun vit isolé. Car ces pensées pourront se renforcer encore plus là où existent les diversités et les contradictions. Lors de la période de la Monarchie constitutionnelle et auparavant, Istanbul a été un lieu où des personnes aux opinions très différentes pouvaient vivre ensemble et où elles pouvaient exprimer ouvertement ces opinions. C’était une ville où les musulmans (Turcs, Arabes, Kurdes, Albaniens, Bosniaques…) et non-musulmans (Chrétiens, Juifs, Arméniens…) cohabitaient. De ce fait, ce n’est pas faux de dire qu’Istanbul a assez d’acquis/d’expérience lui permettant de débattre des questions actuelles.

Au 20e siècle, les intellectuels de Turquie ont été fortement influencés par la civilisation occidentale comme une rupture avec leur propre civilisation. Par la suite, ils se sont inspirés des mouvements idéologiques dans les pays comme l’Égypte, l’Iran et le Pakistan.

Nul doute, suivre les développements en Occident et en Orient, être capable de commenter et d’évaluer divers points-de-vue, est un acquis important. Cependant, les intellectuels de Turquie qui ont suivi ces développements, n’ont pas assez analysé Istanbul, où les diversités cohabitent et où de ce fait, on peut voir la profondeur philosophique la plus large. Même avec la proclamation de la République, la couverture qui recouvre Istanbul n’a pas été totalement enlevée.

Or, aujourd’hui encore, combien de villes y a-t-il où chaque personne vit librement avec sa propre identité sans être ostracisé ? Combien de villes se penchent sur les problèmes des autres géographies ? L’expérience d’Istanbul constitue le « vécu » le plus utilise pour arriver à trouver une solution aux problèmes actuels. Cet acquis peut éclairer tous les problèmes comme un phare près de la mer. Peut-être que « la civilisation arrêtée » du célèbre historien Toynbee désigne l’acquis d’Istanbul.

Se dotant aussi bien de l’acquis de l’Est que de l’Ouest durant la période où il n’avait pu être « arrêté », Istanbul peut nous guider pour les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Il faut tout de même accepter que nous nous sommes éloignés en grande partie de cet acquis.  

Nous avons besoin de revenir vers (cet acquis) et de commencer notre chemin par ici.

Cette rubrique sera dédiée à ce voyage, aussi bien pour découvrir cet acquis immense que pour trouver des solutions aux problèmes mondiaux.

Quelles que soient votre langue, votre religion, votre couleur de peau ou votre croyance, si vous êtes prêts à ce voyage mondial, alors allons-y. Notre voyage est long et notre temps restreint.

 

Le Prof. Dr. Kudret Bulbul est le doyen de la Faculté des sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d'Ankara


Mots-clés: turquie , perspective , istanbul

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