Akkuyu : La Turquie et les centrales d'énergie nucléaire

Une étude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations internationales à l’université Ataturk

Akkuyu : La Turquie et les centrales d'énergie nucléaire

          Il y a peu, les fondements de la centrale nucléaire d’Akkuyu qui est la première centrale nucléaire de Turquie, ont été jetés au cours d’une cérémonie organisée en présence du président de la République de Turquie Recep Tayyip Erdogan et du président russe Vladimir Poutine. 

          La cérémonie de pose de la première pierre de la centrale nucléaire d’Akkuyu a été organisée il y a peu, par le président de la République Recep Tayyip Erdogan et le président russe Vladimir Poutine. MM Erdogan et Poutine ont jeté les fondements de la centrale nucléaire d’Akkuyu par vidéoconférence.

          Les quêtes d’accès aux ressources énergétiques fiables est une question essentielle du monde de l’énergie depuis les années 1950. La crise de pétrole apparue au début des années 1970 a permis à l’énergie nucléaire qui est une source d’énergie sûre, d’apparaitre en avant plan. L’énergie nucléaire reste aujourd’hui une ressource permanente capable de produire de l’énergie sept jours sur sept et 24 h sur 24.

          La part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité mondiale, progresse de jour en jour. Il y a aujourd’hui plus de 400 réacteurs nucléaires dans 31 pays. Ce sont les Etats-Unis qui possèdent le plus grand nombre de centrales nucléaires, soit 104 au total. La France en a 58, le Japon 54, la Russie 32, la Corée du sud 20, l’Allemagne 17, l’Inde 19, l’Ukraine 15 et la Chine 16. La Chine, la Russie et l’Inde sont les principaux pays où de nouvelles centrales nucléaires sont en cours de construction. La Chine envisage d’acquérir 28 nouveaux réacteurs en plus des 16 qu’elle en possède déjà. A l’heure actuelle, 2 réacteurs sont en cours de construction en Bulgarie et 17 en Finlande et 17 en France. Il y a 6 centrales nucléaires en France à moins de 200 km de Paris. En Espagne, il y a 3 centrales nucléaires à moins de 200 km de Madrid. En Angleterre, la centrale nucléaire de Bradwell se situe à seulement 70 km de Londres.

          La quasi-totalité des combustibles liquides et du gaz naturel utilisés pour la production d’électricité en Turquie ainsi que les 30% du charbon sont importés. En plus de son potentiel dans l’hydroélectrique, la Turquie ne peut répondre qu’à seulement la moitié de ses besoins d’énergie même si elle profitait pleinement de son potentiel en énergie renouvelable, à savoir l’énergie solaire, éolienne ou géothermale. En plus de répondre à la consommation d’électricité, l’énergie nucléaire revêt une importance majeure pour les objectifs que la Turquie vise à atteindre jusqu’en 2023. La construction de centrales d’énergie nucléaire est plus une obligation qu’un choix pour la Turquie pour atteindre les objectifs qui consistent à obtenir un chiffre d’exportation de 500 milliards de dollars, un revenu par capita de 25 mille dollars, un revenu national de 2 trillions de dollars et devenir l’une des dix plus grandes puissances économiques du monde. 

          L’histoire de l’énergie nucléaire en Turquie remonte jusqu’aux années 1950. Mais le fait qu’aucune centrale nucléaire n’ait pu être construite en 60 ans est une grande perte pour l’économie turque. La Corée du Sud qui a commencé ses activités d’énergie nucléaire en même temps que la Turquie, a développé la technologie nucléaire en 20 ans. Mais ce n’est qu’en 2018 que la Turquie a pu jeter les fondements de la Centrale nucléaire d’Akkuyu. Les obstacles posés pour empêcher la construction de centrales d’énergie nucléaire tout au long des années, ont provoqué aujourd’hui l’un des plus grands problèmes de l’économie turque, à savoir une très forte importation d’énergie. Selon les données du ministère turc de l’Energie, la Turquie répondra à près de 20% de son besoin énergétique grâce aux centrales d’Akkuyu et Sinop lorsque ces dernières entreront en activité. Ainsi, elle n’importera pas 16 milliards de m3 de gaz naturel chaque année et économisera chaque année environ 7,2 milliards de dollars.  

          La planification de l’énergie nucléaire dans un pays entraine l’apparition d’une culture technologique particulière notamment dans la conception, l’ingénierie, l’exploitation, le contrôle de qualité et la sécurité. C’est pourquoi les technologies avancées comme l’énergie nucléaire ne sont pas seulement des options de production d’électricité. Ces technologies apportent beaucoup de choses aux pays comme l’apprentissage et le développement de nouvelles techniques de construction, le renforcement de la capacité technique et technologique, l’assurance du contrôle de qualité, la création et le fonctionnement de différentes branches industrielles ou encore la création de nouveaux emplois. Les progrès obtenus par la Corée du sud qui vient en tête des pays ayant le mieux réussi à transférer cette technologie, sont de notoriété publique. La technologie nucléaire permettra l’instauration d’une culture scientifique et technologique avancée en Turquie et contribuera remarquablement à l’amélioration de l’enseignement technique. Elle sera également une force motrice dans les autres domaines.

          Grâce à ce projet, de nouveaux moyens d’emploi seront créés en Turquie et en Russie. Une coopération sera aussi assurée pour la formation d’experts hautement qualifiés. Il y a aujourd’hui plus de 220 étudiants turcs formés dans l’énergie nucléaire dans les universités russes. Selon les objectifs du projet, le premier bloc devrait entrer en activité en 2023. La réussite de ce projet sera aussi l’indicateur de la coopération turco-russe.

          Pour que la Turquie renforce sa position de puissance émergente dans la région et dans le monde, elle doit progresser sérieusement dans l’énergie. Donc l’acquisition de l’énergie nucléaire par la Turquie, sera un énorme investissement dans son développement, sa prospérité, son indépendance énergétique, sa sécurité et sa souveraineté. Ce n’est pas seulement un progrès pour la Turquie, mais pour le bonheur de l’Eurasie et du Moyen-Orient tout entier.



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