Comment se positionner "au sujet" de l'Occident? (étude)

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara.

Comment se positionner "au sujet" de l'Occident? (étude)

Un processus d’occidentalisation se produit depuis deux siècles dans la quasi-totalité des sociétés non-occidentales. Cette situation découle du caractère imposant de l’Occident et de sa civilisation durant cette période. Les sociétés qui ont perdu leur lutte contre l’Occident entrent dans un certain processus d’occidentalisation en guise de solution.

Les sociétés non-occidentales n’ont pas uniquement succombé en raison des développements en Occident. Cela est principalement dû au fait qu'ils n’ont pas perpétué leur histoire, leurs traditions, leur culture et leur civilisation conformément aux besoins de l’époque, qu'ils n’ont pu éliminer les menaces qu’elles ont rencontrées ou répondre aux besoins de leur propre manière. Ces sociétés doivent poursuivre leur quête avec leur originalité, un point de vue ontologique et une approche épistémologique pour qu’elles puissent perpétuer leur existence au cours des prochains siècles.

La quête de ces sociétés continuera sans nul doute, mais la vie continue. On ne peut demander que les sociétés non-occidentales « se renouvellent et passent ensuite à leurs relations avec l’Occident ». Elles doivent d’un côté poursuivre ces efforts, et de l’autre maintenir leurs relations avec l’Orient, l’Occident, le Nord et le Sud. Car la vie ne s’arrête pas. Quelle aurait été la relation des sociétés non-occidentales avec l’Occident et sa civilisation ainsi que leur position à l’égard de l’Occident, sans avoir adopté une position ontologique? Les grandes civilisations, comme la civilisation musulmane, ne sont pas nées de la dernière pluie et ne sont pas superficielles. Elles possèdent déjà leurs propres repères et références avec leur savoir de plusieurs siècles et leur expérience de cohabitation entre différentes sociétés. Ces repères les éclairent plus que suffisamment face aux problèmes auxquels elles sont aujourd’hui confrontées. D’ailleurs, la révélation de l’islam, en tant que religion, ne s’est pas faite en une seule fois, elle a été révélée selon les situations rencontrées en se répandant sur un certain laps de temps.

Comment les sociétés non-occidentales peuvent-elles se positionner face à l’Occident alors qu’elles continuent de se perpétuer sur plusieurs aspects à partir de leurs racines ?

La réponse à cette question était importante dans le passé, elle l’est encore plus aujourd’hui. L’influence de l’Occident dans le monde entier s’est accentuée au cours des deux derniers siècles. De plus, des dizaines de millions de personnes issues de sociétés non-occidentales vivent aujourd’hui en Occident. La relation que tisseront ces personnes avec cette région et les sociétés occidentales est extrêmement importante.

L’approche anti-occidentale est très répandue au sein des sociétés non-occidentales vivant en Occident, que ce soit en raison des politiques d’occupation ou des politiques d’assimilation. Le sentiment d’opposition des personnes qui ont été victimes des politiques d’occupation ou d’assimilation de l’Occident est compréhensible. Parfois, ce sentiment d’hostilité ne se limite pas à l’Occident et peut englober tous les aspects de la vie. Les approches anti-occidentales, anti-modernistes, anti-capitalistes et anti-globalisation sont visibles dans tous les domaines. Le sentiment d’hostilité des individus peut conduire ces derniers à attribuer à l’objet auquel ils s’opposent une force qu’ils n’attribuent pas au Créateur. Ils peuvent attribuer une force divine à la modernité, à la globalisation, à l’Occident, au sionisme, en estimant qu’ils contrôlent le monde entier et qu'ils obtiennent tout ce qu’ils désirent.

Il y a, bien évidemment, un grand nombre d’éléments méritant une opposition au sein de l’Occident et de sa civilisation. L’erreur est l’opposition catégorique au lieu d’y procéder après une évaluation faite avec estime de soi. Il est peut-être soulageant pour les individus d’attribuer une force divine à toutes les notions auxquelles ils s’opposent avec le sentiment d’être sans solution, vaincu, assiégé et opprimé. Cela peut être attrayant pour les masses, notamment pour les jeunes. On peut jeter la faute de beaucoup de choses à l’hostilité. La définition d’une personne à partir de ce à quoi elle s’oppose, signifie que c’est ce à quoi elle s’oppose qui la détermine et la façonne. En effet, se définir par rapport à l’hostilité revient à céder à l’hostilité.

D’autre part, que peut apporter le positionnement par rapport à l’hostilité à partir de la réactivité, autre que l’approfondissement de cet encerclement et l’éloignement de la vie, du monde et de la réalité ? Comme le positionnement uniquement à partir de l’hostilité supprime la remise en question de soi, les vérités de ce à quoi on s’oppose et les éventuels moyens de coopération, il approfondit davantage l’impossibilité. Une telle réactivité est généralement vigoureusement soutenue par ceux qui s’y opposent. La relation entre les Assassins et les Croisés et celle entre les courants radicaux actuels et certains services de renseignement occidentaux sont des exemples concrets de cette situation. Pourtant, nous avons besoin aujourd’hui de traiter la question avec confiance en soi au lieu de tout rejeter catégoriquement avec une psychologie de défaite, plus en plus renfermée sur elle-même, qui approfondit l’irrésolution qui nous entoure. Par conséquent, il faut tisser des liens avec toutes les parties, avec bon sens et estime de soi, sans être entraîné par l’attrait de l’hostilité, des paroles, de la rhétorique et des bavardages intellectuels.

Vu sous cet angle, nous devons reprendre la question en se positionnant « au sujet de l’Occident » et non pas « face à l’Occident ». En effet, le terme « face à l’Occident », exprime une opposition catégorique à la question, qui se soldera par la résignation à l’individualisme et qui nous fera dévier de notre propre chemin. D’autre part, la quête d’un positionnement « face à l’Occident » est naturellement une position plaçant l’Occident au centre. Or, les sociétés non-occidentales doivent avoir une position plaçant au centre leurs propres croyances, culture et civilisation. De notre point de vue, c’est naturellement l’islam et sa civilisation, notre propre histoire et notre culture qui doivent déterminer notre point de vue.

Dans les conditions actuelles, quel doit être notre positionnement, notre point de vue concernant l’Occident ?

Ce débat n’est pas récent. Il a un passé de plus de 200 ans. Nous allons poursuivre notre évaluation à la lumière de cette expérience.

 



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