Les relations turco-chinoises à leur 47e anniversaire

Etude du Dr. Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk.

Les relations turco-chinoises à leur 47e anniversaire

Quelques jours auparavant, c’était le 47e anniversaire des relations diplomatiques entre la République de Turquie et la République populaire de Chine. Dans notre programme de cette semaine, nous allons analyser les relations turco-chinoises à leur 47e anniversaire.

Les relations diplomatiques turco-chinoises ont été fondées en 1971. La coopération entre les deux pays a pris de l’essor à compter des années 1980, à une période où les deux pays commençaient à s’ouvrir à l’extérieur et se renforçaient dans le domaine économique et politique.

Un accord de coopération stratégique a été signé en 2010 par la Chine et la Turquie. Les relations qui, en 2010, se sont ainsi élevées au rang de « coopération stratégique », se développent ces derniers temps avec des visites réciproques de haut niveau. Toutefois, nous ne pouvons pas dire que les relations suivent une certaine planification stratégique. Les relations économiques croissantes entre la Chine et la Turquie, ont des répercussions positives sur l’économie turque. Cependant le déficit en commerce extérieur de la Turquie vers la Chine, s’accroit encore plus chaque année. En 2016, la Turquie a importé pour 25,4 milliards de dollars de produits de la Chine et n’a exporté que pour 2,4 milliards de dollars.  Cela ne peut continuer ainsi. Pour que les relations économiques turco-chinoises soient renforcées et durables, il faut augmenter les investissements étrangers directs de la Chine en Turquie. Dans ce cadre, lors des prises de contact du président Recep Tayyip Erdogan en 2017, les compagnies turques et chinoises ont signé des accords visant à développer conjointement des technologies.

Ces dernières années, une diplomatie intense est menée entre les deux pays. Les hommes d’Etat turcs et chinois se sont rendus visite fréquemment. Le président Recep Tayyip Erdogan a participé au sommet « La Ceinture Et La Route » organisé en mai 2017 en Chine. Le chef de la diplomatie Mevlut Cavusoglu, de son côté, a réalisé une visite en Chine juste avant le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ASEAN au début du mois d’août 2017. Quelques jours auparavant, le président Recep Tayyip Erdogan a participé au sommet des BRICS en tant que président en exercice de l’Organisation de la coopération islamique. Lors du sommet en Afrique du Sud, Erdogan a eu un entretien avec le chef d’Etat chinois Xi Jinping.

Actuellement, la Turquie souhaite accroître ses alternatives en politique extérieure. Dans ce sens, les autorités turques accordent une grande importance au développement des relations avec la Chine. De leurs côtés, les autorités chinoises perçoivent la Turquie comme un centre de puissance au Moyen-Orient et un pays-clef dans le projet « La Ceinture Et La Route ». Les autorités turques affirment que le projet de « Corridor  central » de la Turquie est fortement harmonieux avec le projet « La Ceinture Et La Route », car les deux pays souhaitent ranimer la Route historique de la Soie. La Turquie se trouve sur la voie de la Chine menant aux marchés européens. Le fait que la Turquie devienne un centre/un point de passage pour la chaîne d’approvisionnement mondial reliant la Chine aux marchés européens, lui sera fortement bénéfique.

La Chine est le second partenaire commercial dans le monde après l’Allemagne, et le plus grand partenaire en Extrême-Orient. La Chine se trouve en 19e position parmi les pays vers lesquels la Turquie exporte, et en 1ere position parmi les pays desquels elle importe. Le déséquilibre dans ce sens entre les deux pays est bien sûr choquant. Améliorer cette situation pourrait renforcer les relations.

Il ne serait pas étonnant que la Chine suive dans un avenir proche une politique extérieure bien plus confiante et ambitieuse. D’ailleurs, lors d’un discours effectué le 18 octobre 2017, Xi Jinping a utilisé à plusieurs reprises le terme de « grande puissance » pour la Chine. Il a notamment souligné que la période d’humiliation pour la Chine est révolue et que le moment était venu pour elle, de renaitre en tant que puissance mondiale. La Chine s’apprête à « bondir de l’avant » avec ses décisions prises lors du 19e congrès du Parti communiste. Nous pouvons voir dans la période à venir une Chine dont le niveau de prospérité a augmenté, qui s’ouvre au monde, concurrence les pays puissants et riches, et les devance même, et dont le rôle ainsi que l’influence régionale et mondiale s’accroissent.

Alors qu’elle vit divers problèmes avec ses alliés occidentaux, à savoir les Etats-Unis et l’Union européenne, la Turquie développe ses relations avec les membres de l’Organisation de la coopération de Shanghai. Dans ce sens, la politique que suit la Chine pour accroitre son influence politique et économique mondiale, peut augmenter les projets de coopération turco-chinois. Renforcer ses relations économiques, politiques et militaires avec la Chine qui vit des problèmes avec les occidentaux, est une alternative attrayante pour la Turquie qui ainsi, s’adaptera à l’époque multipolaire.

Les Turcs ouïghours qui vivent en Chine constituent un des sujets cruciaux entre la Chine et la Turquie. En tant que « grand pays » et à la lumière des relations qui se développent avec la Turquie, la Chine doit dorénavant diminuer sa pression sur les Turcs ouïghours. Si elle le fait, les relations bilatérales se renforceront plus rapidement et les Turcs ouïghours pourront jouer un rôle-clef dans les relations entre les deux pays.



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